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Maryse Condé remporte le prix Nobel de littérature alternatif

Le jury du prix Nobel de littérature alternatif a choisi de sacrer l'auteur guadeloupéenne. Elle recevra son prix le 9 décembre prochain. Une récompense dotée de près de 100.000, soit un dixième de la récompense officielle.

«Il n'y aura pas de prix Nobel de littérature en 2018». L'annonce avait fait l'effet d'une bombe en mai dernier. La décision avait été prise par l'institution suédoise à la suite des révélations d'accusations de viols et agressions visant l'époux français d'une académicienne. Une première depuis 1949. En réaction à cette suspension, une centaine de personnalités suédoises s'est ainsi rassemblée au sein d'une «Nouvelle académie» afin d'organiser un prix «éphémère»: un Nobel de littérature alternatif qui vient d'être décerné à la romancière guadeloupéenne Maryse Condé, ce vendredi.

«Dans ses œuvres, avec un langage précis», Maryse Condé «décrit les ravages du colonialisme et le chaos du post-colonialisme», a fait valoir l'institution lors de l'annonce du prix à la Bibliothèque publique de Stockholm.

Née en février 1937 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), l'ancienne hypokhâgneuse et étudiante à la Sorbonne Maryse Condé a publié une trentaine de romans portant notamment sur l'esclavage et l'Afrique, ainsi que des pièces de théâtre et des essais. Elle a reçu plusieurs prix tout au long de sa carrière littéraire. Notons le prix de l'Académie française pour La Vie scélérate en 1988, le prix Marguerite-Yourcenar pour Le Cœur à rire et à pleurer en 1999, le prix Tropiques de l'Agence française de développement (AFD) en 2007. Souvent pressentie pour le prix Nobel de littérature, elle ne l'a encore jamais reçu. En 2015, elle faisait partie avec Alain Mabamckou des écrivains retenus pour le Man Booker International Prize.

«Je suis très heureuse et très fière d'avoir ce prix mais permettez-moi de le partager avec ma famille, avec mes amis et surtout avec tous les gens de la Guadeloupe [...] qui seront émus et heureux de me voir récompensée», a-t-elle réagi dans une vidéo, peu après l'annonce.

Un prix d'un million de couronnes, soit environ 97.000 euros.

Pour rappel, l'Académie suédoise s'est retrouvée prise dans la déferlante #MeToo à l'automne 2017 lorsque 18 femmes ont publiquement accusé l'époux français d'une académicienne, récipiendaire de subsides de l'académie, de les avoir harcelées, agressées ou violées. Ce dernier, Jean-Claude Arnault, a été condamné à deux ans de prison ferme début octobre.

Contrairement au lauréat du Nobel, choisi par les 18 membres de l'académie, le «Nouveau prix» se veut le fruit d'un long processus populaire. Une liste est d'abord établie par 47 bibliothécaires suédois, puis ramenée à quelques noms par un vote populaire. Les organisateurs indiquent avoir reçu près de 33.000 contributions. Apparaissaient sur cette liste finale ceux du Britannique Neil Gaiman, de la Canadienne d'origine vietnamienne Kim Thúy et Maryse Condé. Le japonais Haruki Murakami, qui faisait partie de la dernière sélection, avait préféré se désister. Il a précisé vouloir «se concentrer sur son écriture et rester à l'écart de l'attention médiatique» sur son mur Facebook.

«Il n'aura lieu que cette année» avant la dissolution de l'institution prévue en décembre, a précisé vendredi Alexandra Pascalidou, personnalité de la scène culturelle suédoise, à l'origine du prix.

Le prix - un million de couronnes (environ 97.000 euros), soit un peu plus du dixième du chèque perçu par les lauréats Nobel - est doté par financement participatif et mécénat. Il sera remis le 9 décembre, la veille du banquet Nobel traditionnellement dressé à l'hôtel de ville de Stockholm en l'honneur des lauréats de l'année (physique, chimie, médecine, littérature, économie, outre le prix de la paix décerné à Oslo), en présence de la lauréate.

Le Figaro.fr, AFP agence, 12 octobre 2018

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